B I O G R A P H I E

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Anne Barrès est sculpteur. Elle a toujours eu un rapport privilégié avec la terre. Argile, grès, porcelaine ou brique industrielle, elle décline sa passion pour ce matériau, dont la plasticité ne cesse de l’étonner, sous des formes toujours renouvelées. Elle n’est pas céramiste ; peu lui importe la technique, elle explore sans relâche les possibilités de la matière pour lui faire raconter une histoire qu’elle invente du bout des doigts.

 

Dès ses premières pièces - Toiles, Courtepointes et autres Tentures - elle instaure un dialogue paradoxal autour de l’apparente mollesse de formes que la cuisson a pourtant rendu dures et cassantes. Modelés dans la terre crue, des coussins improbables sur lesquels il n’est guère possible de se reposer et des outres quasi-dégonflées qui ne retrouveront jamais leurs supposées rondeurs préludent aux « briques molles» avec lesquelles Anne Barrès a bâti ses sculptures pendant plus de dix ans. Elle joue, non sans quelque malice, avec  les apparences. En utilisant l’extrême ductilité de la terre crue, elle suggère des formes moelleuses et sensuelles, qui semblent prêtes à s’affaisser ou à se dégonfler : mais tout cela est en réalité tissé, construit, stable et solide.  Par delà la surprise et l’étonnement que suscite ce jeu d’apparences contradictoires, il y a une véritable réflexion sur la dialectique du cru et du cuit, rendue palpable par l’opposition du mou et du dur.

 

Au-delà des apparences, ce qui intéresse Anne Barrès c’est la suggestion du mouvement. Les cordages reliant les coussins pour former les grandes Courtepointes permettaient déjà, en donnant de la souplesse à l’assemblage, d’animer ce qui n’était pas encore tout à fait une sculpture. Mais les Poussées, les Palettes et les Dynamiques vont plus loin; elles proposent des « arrêts sur image » suggérant des séquences de mouvements mystérieusement interrompues par la volonté de l’artiste.

Il s’agit de permettre au visiteur surpris par ces « instantanés » d’imaginer la suite. Ce que la sculpture propose  c’est un début de scénario pour histoire courte. Il faut, dit Anne Barrès, faire travailler l’imagination de celui qui regarde. Et, le plus souvent, elle fournit  une amorce de chute comme introduction…

 

Mais le déséquilibre n’est qu’apparent. Ses œuvres sont solidement assises, pensées et construites comme de petites architectures. Depuis 1987, elle utilise la brique, matériau de construction par excellence, pour bâtir son propos. Les références à la « grande » architecture sont omniprésentes : elle conçoit ses sculptures comme des colonnes, des poussées, des clés de voûtes.

 

Sa rencontre avec la brique lui a permis de se confronter à la production industrielle sans pour autant abandonner le contact de la main sur la matière. Travaillant en usine, en étroite collaboration avec le fabricant, elle produit de 1986 à 1998, sur des filières spécialement aménagées pour elle, des briques d’apparence molle dont l’affaissement suggéré semble pourtant si réaliste que l’on a du mal à se convaincre qu’il n’est qu’illusion.

 

La brique offre à Anne Barrès le module contraignant qui apporte la rigueur qu’elle recherche pour définir l’échelle de ses constructions. Offrant de multiples possibilités d’assemblages, elle permet de passer facilement d’une échelle à l’autre ; de l’objet à la sculpture et de la sculpture à l’architecture. En assemblant quatre briques, on obtient un nouveau module, doublé dans toutes ses dimensions. Ainsi, de loin chaque Poussée semble faite de deux ou trois briques ; de près chaque module, constitué de quatre briques, est trop grand pour être manipulé à la main : la sculpture se pose dans l’espace comme un obstacle sans pour autant être aussi infranchissable qu’un mur.  Après la brique « au carré » c’est bientôt la palette d’un mètre cube de briques qu’Anne Barrès redessine suggérant de minuscules catastrophes - écrasements, déchirures, arrachements – qu’elle semble avoir provoquées puis arrêtées comme si elle maîtrisait le cours du temps aussi bien que les lois de la pesanteur.

 

Contrainte d’abandonner la brique à cause de la fermeture de la fabrique qui l’accueillait, Anne Barrès fait évoluer sa pratique depuis une quinzaine d’années vers des formes plus organiques – Emergences, Eruptions, Flétries... - mais dans ce nouveau bourgeonnement de la matière on devine toujours la volonté de suggérer le mouvement, comme si la terre vivante ne demandait qu’à s’animer à travers ses mains.

 

Depuis 2013, Anne Barrès a commencé une nouvelle série, Les Immeubles, évoquant des constructions utopiques et instables

- probables éléments d'une architecture en devenir ?

© Copyright Anne Barrès

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